Mon gnome est un artiste. Comme tous les artistes géniaux, il est incompris. Celle qui le comprend le moins, c'est moi.
Pourtant, c'est moi qui l'ai initié aux joies du gribouillage avec feutres. Cela dit, je n'ai pas été sensible à la superbe harmonie des couleurs employées lorsqu'il a gribouillé sur le parquet
de sa chambre.
Je lui ai montré l'art du collage de gommettes. Pourquoi-donc ne me suis-je pas interessée de plus près au magnifique collage qu'il a réalisé sur ma table basse ? Cette même table basse qui a
"subi" un dessin abstrait au crayon bic, du meilleur effet, et une sublime customisation au blanco (Valérie Damidot n'aurait pas fait mieux !).
Non décidément, je suis vraiment une mère indigne, je n'encourage pas mon fils lorsque celui-ci exprime sa sensibilité en jouant des percussions sur les meubles de la cuisine. Je ne le soutiens
pas non plus dans la démarche artistique qui consiste à effeuiller mon agenda, froisser les pages, et les jeter au quatres coins de la pièce. C'est pourtant une superbe métaphore sur le temps qui
passe, je devrais féliciter mon gnôme pour tant de génie, mais je n'y arrive pas.
Je ne l'ai pas encensé lorsqu'il s'est essayé à la haute couture en découpant son short au ciseau, pourtant ce qu'il avait fait était vraiment "tendance".
Je suis également restée insensible à sa peinture sur carrelage, sa sculpture sur nourriture, et son collage à base de crottes de nez sur son siège auto.
Maintenant je m'en veux, car j'ai peut être crée un traumatisme profond en bridant la sensibilité artistique de mon fils. Il m'en voudra toute sa vie de ne pas avoir conservé sa composition à
base de rouge à lèvres sur la fenêtre du salon (les rideaux eux, gardent une trace de cette oeuvre magistrale, tout n'est donc pas perdu !). Et ce sublime tartinage de fromage sur porte de frigo,
quelle nouille j'ai été de l'avoir effacé à coups d'éponge !
Promis, la prochaine oeuvre, je la prends en photo avant de la détruire !
Après la honte, j'aborde aujourd'hui un autre sujet grave : la douleur. Avoir un enfant ça fait mal - ça tout le monde le sait ! A peine êtes-vous enceinte qu'entre deux vomissements matinaux,
votre mère, votre amie, ou votre collègue de travail vous raconte en détail combien elle a souffert pendant son accouchement. "Et tu vas voir ! dit-elle, avec une lueur sadique dans les
yeux, après les nausées, t'auras la sciatique, la rétention d'eau, les insomnies, et puis après, tu auras des contractions atroces, et l'épisio, moi j'ai eu 10 points ! J'ai marché en canard
pendant un mois ! " et patati et patata, les mères de votre entourage ont l'air de faire un concours de celle qui en a le plus bavé, pire que des anciens combattants qui relatent leurs faits
d'armes.
Mais bizarrement, on parle beaucoup moins de toutes ces petites douleurs du quotidien, quand votre gnome grandit :
- les premières semaines, chez les allaitantes, la mise en route se fait parfois avec des couacs douloureux (crevasses, irritations, engorgements ...) mais on serre les dents car c'est pour la
bonne cause.
- ensuite, le gnome grandit, et explore le monde. Ce qu'il préfère explorer, c'est le corps de Maman. Et ça fait mal ! Vas-y que je te tire les cheveux, que je t'arrache tes boucles d'oreilles
(et les lobes d'oreille qui vont avec), que je te mords (mais en fait c'était un bisou, mais bon ça fait mal quand même), que je te pince, que je te griffe (t'avais qu'à mieux me couper les
ongles, mère indigne !).
- le gnome s'exprime aussi. Il s'exprime très fort. Surtout quand vous avez la migraine. C'est toujours quand on a mal au crâne que le gnôme découvre combien on peut faire de bruit avec des
couvercles de casserole, qu'il arrive à mettre la main sur la flûte irlandaise de son papa (c'est tellement rigolo ces sons stridents)
- le gnome se déplace en roulant sur son porteur : il vous écrabouille les orteils 10 fois par jour en passant un peu trop près de vous.
-le gnome veut jouer avec sa mallette de docteur, sauf qu'il vous tabasse avec le marteau à reflexes, qu'il vous enfonce le thermomètre dans le derrière alors que vous êtes penchée au dessus
de votre machine à laver, et qu'il vous poignarde par surprise avec sa seringue en plastique.
Mais la douleur la plus atroce à mes yeux, c'est celle que l'on vit lorsqu'on est bien au chaud dans son lit, contre son Homme, et que le gnome vous appelle : on se lève comme un zombie, la tête
bien ensommeillée, on sort dans le couloir, et là OUAILLE ! THE douleur fulgurante : votre pied nu vient de marcher sur un légo, ou une petite voiture, ou autre petit jouet à priori inoffensif,
mais mortel pour une plante de pied nu.
Là vous vous mettez à sautiller en tenant votre pied meurtri à deux mains, tout en vous disant intérieurement (faut pas faire trop de bruit) "mais purée, je lui avait bien dit de ranger ses
petites voitures à la con, demain je les mets toutes à la poubelle, ça va pas faire un pli"
Et souvent, c'est lorsqu'on sautille de la sorte, que l'autre pied valide vient heurter un coin
de meuble.
Bref, si vous avez ou si vous voulez des gnomes, apprêtez vous à souffrir, encore et encore.
Le gnome n'aime pas la tévé, ça ne l'interesse pas, sauf quand il s'agit de regarder une aventure de ce fameux
petit ours marron. On a aussi beaucoup de livres avec ce petit ours, et on en emprunte plein à la bibliothèque.
Du coup, je suis devenue une spécialiste en petit ours marron, je connais tous les épisodes qui circulent sur "youtube", je connais quasiment tous les bouquins par coeur puisqu'on les a relus au
moins 15 fois chacun avant l'heure du coucher.
Et, au vu de ma connaissance encyclopédique du Petit Ours Marron, je crois que je peux me permettre quelques critiques ...
Tout d'abord, dans le livre "Petit Ours dit Non", ben vous l'aurez deviné, le petit ours, il dit non. Jusque là tout va bien, je me dis que c'est une bonne chose de montrer au gnome qu'on
traverse tous cette crise d'opposition. Oui mais ... le petit ours, il ne se contente pas de dire non, il refuse de mettre son manteau et marche dessus. Je me dis qu'à la page suivante la maman
Ours va se fâcher, parce-que là il pousse le bouchon un peu loin ... et ben non ! Pire ! La maman, elle dit niaisement à son rejeton, et est-ce que tu sais dire oui ? et c'est tout ! Je
me suis donc pressée de ré-écrire l'histoire à ma façon, en disant au gnome que la maman ours est fâchée, parce-qu'entre dire non et saloper ses affaires, y'a une grosse différence, hein, et que
s'il a l'idée de faire comme Petit Ours, ben qu'il l'oublie vite fait parce-que sinon c'est une heure au coin et pas de dessert (nan, j'déconne, je ne me suis pas emballée à ce point là quand
même.)
Dans le dessin-animé "Petit Ours ne veut pas de soupe", on marchande : 5 cuillères de soupe = 5 bouchées de gâteau ? Non perdu, 5 cuillères de soupe = 1 énoooorme part de gâteau. Moi je ne trouve
pas ça équitable !
Dans "Petit ours fait des crêpes", on présente le fait que le père soit aux fourneaux comme un évènement exceptionnel, quel sexisme ! (OK, chez moi aussi, je peux compter les fois où mon homme
cuisine sur les doigts d'une main de lépreux.) Pire ! Le papa fait des crêpes, mais laisse la cuisine dans un état immonde ! Et vous croyez que l'autre tâche de maman Ours va râler parce-qu'elle
se tape tout le rangement ? Nooon, cette cruche fait un câlin à tout le monde parce-que c'est tout à fait normal qu'elle soit là pour nettoyer, c'est son rôle de femme au foyer.
Dans le bouquin "Petit Ours sur le Pot", cette idiote de maman Ours donne des gâteaux à son fils lorsqu'il est sur le trône. En plus elle lui file toute la boîte de petits-beurre, tant qu'à
faire. Mon gnome a tenté de demander un gâteau à chaque fois qu'il allait sur le pot, j'espère qu'il a compris qu'ici c'est niet, nanmého !
En conclusion, je dirais donc que la lecture et le visionnage de Petit Ours Marron doivent faire l'objet d'une censure, car il est clair que ce personnage et sa mère vont pervertir l'esprit de
nos chères têtes blondes ! Une révolution se prépare, je vous le dis !
J'ai horreur de faire du shopping avec mon gnome : ça l'ennuie (normal), et quand il s'ennuie, il fait le con il se dissipe.
Mais pour acheter les chaussures du gnome, sa présence est indispensable, car ses pieds sont si larges que peu de modèles lui conviennent. Et ce matin, j'ai dû me rendre à l'évidence, une
nouvelle paire de chaussures est indispensable, rapport aux hurlements auxquels j'ai droit lorsque je lui enfile ses vieilles grolles (Noooooon ! a fait bobo pied ça ! Veux chaussons
!")
Le budget du mois étant serré, je me suis rendue à la Malle aux Chaussures, où les tatanes sont pas chères et de qualité correcte. Seulement, qui dit pas cher, dit magasin qui
rogne sur l'accueil du client.
La Malle aux Chaussures de mon bled, c'est un petit hangar défraîchi, dans lequel des piles de boites sont alignées, et les allées entre les boîtes sont tellement étroites qu'on ne peut pas se
croiser. Il n'y a pas d'endroit où s'assoir pour essayer les chaussures, donc tu te mets par terre dans une allée, et tu bloques tous les autres clients.
De plus, les poils de bite les piles de boîtes, aux yeux de mon gnome, ça ressemble à des tours de cubes ... et que fait-on avec des tours de cubes ? Ben on les dézingue en
hurlant "Ninjaaaa !"
Une fois que le gnome a compris qu'il ne fallait pas renverser toutes les boîtes, il est passé à l'étape suivante, à savoir "Oh ! Mais y'a des trucs dans les boîtes, tiens si j'essayais de
les vider toutes et de mélanger leur contenu ?"
Et pendant que tu t'escrimes à trouver une paire de godasses qui soient assez larges pour les péniches du monstre, mais qui ne ressemblent
pas pour autant à des souliers orthopédiques pour pied-bot, le gnome lui, il a soigneusement interverti toutes les pointures qu'il avait à sa portée.
Troisième étape, après 15 essais de shoes infructueux, le gnôme entre en résistance passive : il s'allonge par terre et fait le mort. Très pratique dans un magasin où les clients ont 2 mètres
carrés d'espace libre pour se déplacer.
Pour finir, tu n'en peux plus, il fait une chaleur à crever dans ce hangar pourri, et tu es en sueur d'avoir essayé d'enfiler toute ces chaussures plus moches les unes que les autres sur le pied
difforme de ton gnome, qui fait toujours le mort, mais le mort qui hurle, cette fois.
Du coup tu t'en vas bredouille, et sur le chemin de la sortie le gnôme aperçoit les ballons donnés aux courageux clients qui n'ont pas renoncé et sont allés au bout de leurs achats. Tu
fais donc le trajet retour en voiture avec comme fond sonore "Veux ballon moi ! Veux ballooooooon !"
Je hais le shopping !!!!!

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